La lutte contre le bruit fait-elle que commencer ?
« La lutte contre le bruit fait que commencer », tel a été le propos peu rassurant de Nathalie Kosciusko-Morizet, députée de l'Essonne et présidente du groupe d'études "Santé et environnement" à l'origine du colloque sur le bruit du 12 décembre 2003 à l'Assemblée nationale.
La lutte contre le bruit fait-elle que commencer ou n'est-elle qu'un éternel recommencement ?
Il n'y a pas de quoi être rassuré en effet lorsque l'on sait que, depuis des dizaines d'années, des associations se battent pour obtenir des réductions et des protections contre les émissions de bruit (qu'il s'agisse du bruit des transports routiers, ferroviaires et aériens ou encore du bruit à l'intérieur des habitations, à l'école, sur les lieux de travail etc…) et que les pouvoirs publics renouvellent à chaque fois les mêmes projets de plans de lutte contre les nuisances sonores en guise de réponses aux demandes des associations et des victimes du bruit.
S'ils sont nécessaires, ces plans d'action contre le bruit, régulièrement annoncés, ressemblent le plus souvent aux plans qui les ont précédés et, dans la plupart des cas, leur politique consiste surtout à augmenter ce qui avait été baissé ou supprimé les années précédentes (on pense notamment à la division par deux du budget "bruit" en 2002 ou à la suppression, à Paris, de l'OPAH qui prévoyait une aide pour la pose de fenêtres isolées acoustiquement).
Les plans d'actions contre le bruit sont ainsi annoncés depuis plusieurs années comme des ritournelles. Les deux derniers exemples étant le plan de Roselyne Bachelot du mois d'octobre et celui de Bertrand Delanoë, concernant Paris, pour l'année prochaine.
Plus que jamais, le problème d'indemnisation des victimes reste pourtant posé.
Tout d'abord parce que leur nombre augmente avec l'explosion du trafic pour différents moyens de transport.
Ensuite, parce que toutes les solutions permettant de lutter contre les nuisances sonores n'ont pas toujours été bien étudiées ou approfondies :
L'argument de réduction du bruit à la source ne doit pas faire oublier que les demandes de protections acoustiques ou de remboursement de la perte de la valeur des biens pour les victimes exposées à certaines activités ou à certains transports très bruyants, sont réelles. Des solutions existent pour financer ces aides, comme par exemple appliquer le principe pollueur-payeur pour le bruit des transports aériens en augmentant de 15 euros le prix du billet d'avion.
La lutte contre le bruit est surtout un problème d'argent. Elle n'existera pas tant qu'aucun mode de financement propre n'aura été créé en vue d'indemniser les victimes.
Thierry Ottaviani
Président du Comité des victimes du bruit.