LE COMITÉ DES VICTIMES DU BRUIT CONSTATE QUE LE PROBLÈME DES NUISANCES SONORES NE FAIT PAS PARTIE DES PRIORITÉS DES POUVOIRS PUBLICS
Les nuisances
sonores touchent des millions de Français. Les différentes enquêtes
réalisées auprès des ménages par l’Insee montrent
que le bruit est la principale gêne pour les personnes interrogées,
bien avant les problèmes générés par la pollution,
les actes de vandalisme, les vols et les cambriolages.
La lutte contre le bruit devrait donc, si on en croit ces études, être
un sujet majeur, traité en priorité par les pouvoirs publics.
Ce n’est hélas absolument pas le cas. Depuis la « loi bruit
» de 1992, le législateur a certes voulu mieux protéger
les victimes des troubles anormaux du voisinage et — notamment avec les
décrets d’application de 1995 — définir des niveaux
de décibels à ne pas dépasser pour certaines activités
bruyantes. Mais à certains endroits, surtout lorsqu’il s’agit
de ne pas contrarier certains lobbys, les textes législatifs deviennent
flous et laissent à la jurisprudence le soin de les compléter
ou de leur donner un sens. Les victimes des bruits de chantier ou des différents
trafics — routiers, ferroviaires, aéroportuaires — qui se
sont frottées à ces questions juridiques le savent très
bien : à quelques rares exceptions, la loi les protège très
peu.
Lorsque la législation semble claire, il n’est pas plus facile
pour les individus de faire valoir leurs droits. Ce qui est vrai en théorie
n’est pas si simple en pratique. Des personnes qui ont réussi à
faire constater un dépassement des niveaux de bruit tolérés,
par exemple pour un commerce ou un lieu recevant du public, n’obtiennent
pas si vite satisfaction. En cause : l’administration qui continue de
donner l’autorisation d’exercer à des activités en
infraction avec la loi. Même si elle est souvent affaiblie physiquement
et psychologiquement, c’est à la victime de faire toutes les démarches
nécessaires pour recouvrer, peut être un jour, sa tranquillité.
Manque d’effectifs pour faire constater les nuisances, crédits
insuffisants pour financer les aides à l’insonorisation ou les
murs de protection anti-bruit, administrations qui se renvoient la balle, etc.,
la lutte contre les nuisances sonores manque d’une réelle ambition.
Bien qu’il est la principale préoccupation des Français
en matière de gêne, le problème du bruit semble oublié
des politiques publiques. Alors que les échéances électorales
approchent, il faut qu’il devienne un thème majeur des campagnes
présidentielles et législatives. Le Comité des victimes
du bruit veillera à ce que ce soit le cas.
Thierry Ottaviani
Président du Comité des victimes du bruit et de la pollution
Cet article est paru dans la revue « Région verte» (n°83) du 4e trimestre 2006, éditée par l'association internationale des élus et amis de l'écologie, sous le titre «Le bruit n'est pas une priorité des pouvoirs publics»