GRENELLE DE L'ENVIRONNEMENT: NOTRE SYNTHÈSE SUR LE RAPPORT DU
GROUPE DE TRAVAIL N°3
Le
groupe de travail n°3 ("instaurer un environnement respectueux de la
santé) a publié un premier rapport. Ce dernier fait plusieurs
propositions pour améliorer la lutte contre les nuisances sonores. Certaines
réflexions montrent que, parmi les pollutions, le bruit est considéré
comme une « préoccupation quotidienne importante des Français
» (p.45).
Au chapitre « bruit », le document note que le bruit «
doit surtout être considéré par les décideurs comme
un vrai problème sanitaire et social, avec des impacts forts, attestés
au plan scientifique. Outre l’atteinte aux facultés auditives le
bruit est générateur de problèmes cardio-vasculaires, de
stress et insomnies avec des impacts ultérieurs de pertes de vigilance
pouvant être cause d’accidents, de problèmes de développement
(et concentration à l’école des enfants). Comme de nombreuses
expositions environnementales l’exposition au bruit comporte un fort aspect
d’inégalités sociales, touchant plus souvent des populations
défavorisées au plan socio-économique. » (p.45).
LE RAPPORT SEMBLE FAIRE DE L’INFORMATION SUR LE BRUIT UNE PRIORITÉ
Le groupe n°3 semble aussi faire de l’information sur le bruit une
priorité : « Une campagne d’information, de sensibilisation
et d’appel à un comportement de responsabilisation sur les risques
pour la santé liés à l’environnement sera lancée
en 2008 auprès de tous les médecins généralistes
et des acteurs de la santé de France. Le bruit pourrait être un
premier thème pour cette campagne. Les structures hospitalières
de court et moyen séjour feront également l’objet d’une
campagne d’information. » (p.33).
… IL INSISTE SURTOUT SUR LE BRUIT DES TRANSPORTS AÉRIENS
ET ROUTIERS
Si
le rapport cite plusieurs sources originelles du bruit, c’est surtout
les nuisances liées aux transports aériens et routiers qui sont
le plus traitées. Dans son résumé page 6, le groupe de
travail retient que « la résorption des « points noirs
» de bruit liés aux infrastructures de transports terrestres et
aériennes est une priorité sanitaire et devra être obtenue
dans les 5 ans à venir. La mise en place d’observatoires du bruit
dans les grandes agglomérations, permettant la concertation, est à
favoriser. La question de l’interdiction des atterrissages et décollages
de nuit dans les aéroports est une question complexe; le collège
des ONG est favorable à une telle interdiction. »
Dans son chapitre « plans d’action par milieux », il est
noté page 20 que « la lutte contre le bruit sera intégrée
dans la démarche en résorbant en 5 ou 7 ans les points«
noirs » identifiés constitués principalement de points noirs
liés aux transports aériens et terrestres (de l’ordre de
400 000 logements). La cartographie du bruit devra être finalisée
dans les délais prévus (fin 2007 au maximum) pour affiner la liste
de points noirs actuellement disponible. Ces opérations associeront l’Etat,
les collectivités locales et les opérateurs. La question de l’arrêt
du survol de nuit à altitude moyenne ou basse des agglomérations
(ou de la poursuite sous condition), ainsi que celle des procédures de
décollage et d’atterrissage à leur proximité devront
être tranchées. Le collège Employeurs estime que cette question
nécessite des arbitrages complexes (fret sanitaire et postal,charter…)
dans un cadre international et que l’élaboration d’une charte
de développement de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle
constitue un exemple qui pourrait être étendu à son sens
aux autres aéroports.
L’apparition de nouvelles zones de pollution sonore forte devra être
prévenue par une stricte limitation des constructions dans les zones
d’exposition au bruit (par exemple zones des plans d’exposition
au bruit). Cette action sera accompagnée d’un renforcement partagé
de la prévention dans le domaine du bruit des activités. »
De même page 23 :
« Au regard des populations les plus exposées, l’action
relative à la résorption des points noirs liés au bruit
est un premier pas (les points de dépassement des valeurs limites de
qualité de l’air constituent aussi un autre exemple de priorité
forte). Un effort de définition et d’identification de ces zones
particulières à risques est à mener pour pouvoir décliner
les démarches nationales de réduction des risques au niveau local
de façon plus spécifique dans ces zones. Cette action sera élaborée
dans le cadre du PNSE2. »
Le plan de résorption des points noirs est décrit page 45 :
« - nuisances sonores aériennes : sur les 10 aéroports
les plus importants concernés par la TNSA (taxe sur les nuisances sonores
aériennes), environ 110 000 logements fortement exposés restent
à insonoriser.
- sur les 10 autres aéroports importants (Beauvais, Montpellier, Ajaccio,
Lille, Biarritz, Bastia, Brest, Pau, Toulon, Clermont-Ferrand) on peut évaluer
à 70.000 le nombre de logements fortement exposés au bruit,
- nuisances sonores liées aux transports terrestres : estimation de 200
000 logements fortement exposés, à insonoriser. »
Description des mesures (pages 45-46) :
Identification, prévention et résorption des points noirs :
- réaliser sans prendre plus de retard les cartographies réglementaires
prévues par la directive de 2002, c’est à dire au maximum
pour fin 2007 et en déduire une identification plus précise des
points noirs,
- conduire une action de traitement des logements autour des aéroports
concernés, passant par une augmentation de la taxe sur les nuisances
sonores aériennes et une meilleure mise en oeuvre des aides,
- déployer, en synergies Etat et collectivités, un plan de traitement
sur 5 (7 ?) ans des points noirs liés aux transports terrestres,
- après l’étape de cartographie utiliser la deuxième
étape prévue par la directive de 2002, à savoir l’élaboration
et la mise en œuvre de plans de prévention du bruit, pour éviter
la création de nouveaux points noirs et résorber les existants,
pas seulement par les mesures curatives d’insonorisation des logements
mais surtout par des actions de prévention, réduction du bruit
à la source,
- en amont, par exemple lors de la création de nouvelles infrastructures,
mais aussi, par
exemple, lors de la création ou du développement de circuits automobiles,
bien prendre en compte le facteur bruit, y compris en anticipation dans le temps,
pour éviter l’apparition de nouvelles situations problématiques,
- faire appliquer les plans d’exposition au bruit (par compatibilité
du PLU et respect des
prescriptions).
La création et l’action d’observatoires du bruit (…)
pourraient être un élément clé
pour la réalisation de cette politique. En revanche l’interdiction
des vols de nuit en basse et moyenne altitude au-dessus des agglomérations,
ainsi que des atterrissages et des décollages de nuit sur les aéroports
en tissu urbain, proposée par le collège des ONG, ne fait pas
consensus au sein du groupe. »
LE GROUPE DE TRAVAIL N°3 PREND EN CONSIDÉRATION AUSSI LE BRUIT AU TRAVAIL ET EN MILIEU SCOLAIRE
On peut ainsi lire page 20 : « Le groupe s’accorde à
réaffirmer l’importance de la prise en compte du bruit sur le lieu
de travail, mais les collèges des syndicats et des employeurs rappellent
qu’une réglementation et des outils existent et que la priorité
doit rester leur mise en œuvre efficace.
Le renforcement de la concertation, dans le cadre d’observatoires du bruit,
à généraliser dans les régions ou grandes agglomérations,
est à encourager. »
Il est question d’« accélérer les processus de normalisation
nécessaires à l’application de la directive machines en
milieu de travail, renforcer les campagnes d’information pour le port
des protections en situation de travail » (page 47).
La page 48 aborde l’« amélioration des connaissances,
en particulier sur les données existante sur la situation de la population
en matière de troubles auditifs (médecine scolaire, journée
d’appel, médecine du travail) »
De même (page 47), il est préconisé de « renforcer
les actions de formation et de sensibilisation au bruit à tous les niveaux
scolaires ».…
LE TEXTE DEVIENT PLUS VAGUE LORSQU’IL EST QUESTION DES BRUITS DE VOISINAGE
Parmi les objectifs d’action cités page 45, les « bruits
des activités et de voisinage » sont considéré comme
un axe principal avec la résorption des points noirs de bruit et l’information.
Il est seulement dit qu’il faut « avoir une situation de meilleure
coexistence activités – qualité de l’environnement
sonore par un respect de réglementations adaptées, dans un esprit
de prévention et civisme, »
Le plan d’action est décrit à la page 46 au chapitre intitulé
« bruit des activités (et du voisinage) : améliorer la situation,
de manière partagée » ! Il est encore question surtout du
bruit des transports routiers et des PEB. Le problème est cependant décliné
cette fois au bruit des deux roues, aux circuits automobiles et au contrôle
technique des véhicules :
« La réglementation, mais aussi un esprit de prévention,
doivent être appliqués :
- mieux prendre en compte le critère bruit dans le contrôle technique
des véhicules (un participant note cependant qu’il faut tenir compte
du fait qu’un véhicule en fonctionnement ne peut voir son niveau
de bruit mesuré de la même façon qu’un véhicule
neuf dans le cadre de la normalisation initiale),
- veiller à l’application des dispositions des Plans d’Exposition
au Bruit en matière d’urbanisme, (…)
- des sources majeures de bruit sont insuffisamment contrôlées
: le cas des circuits automobiles et de leur développement sans contrainte,
et sans prise en charge de la question au niveau national pour édicter
une réglementation, est mentionné comme un problème en
fort développement, le cas des bases militaire est également cité
- respecter la réglementation et renforcer la prévention dans
les établissements industriels et autour de ces établissements,
ainsi que des lieux de loisirs,
- développer les contrôles en matière de bruit des activités,
notamment de loisirs ou de bruit des deux roues, développer la formation
des agents concernés.»
LE SUJET PORTE, LÀ AUSSI, SURTOUT SUR L’INFORMATION ET
LA PRÉVENTION
Le rapport revient sur l’isolation acoustique des habitations, cette fois
de manière générale (et pas seulement sur les points noirs).
Il prévoit de :
« - renforcer les exigences en matière d’isolation
acoustique pour les nouveaux bâtiments, et mettre en place un processus
de réception des bâtiments par rapport aux réglementations
en matière d’aération, ventilation et acoustique,
- mettre en place un processus de réception des bâtiments par rapport
aux réglementations en matière d’aération, de ventilation
et d’acoustique, rendre obligatoire la rénovation du point de vue
la qualité acoustique en cas de rénovation énergétique
(lien à préciser avec des actions en ce sens qui seraient proposées
par le groupe 1) » (page 45-46).
Ainsi que :
« - mener une grande campagne d’information du grand public sur
le bruit et en particulier sur les gestes de prévention (deux roues,
questions de voisinage, musique),
- mettre en place au niveau des communes une fonction de médiateur dans
les questions de bruit (de voisinage en particulier), voire développer
la formation des juges de proximité sur cette problématique, »
LE GROUPE DE TRAVAIL PARAÎT CONSIDÉRER QUE LE TRAVAIL D’«
OBSERVATION » DOIT ENCORE ÊTRE DÉVELOPPÉ (IL REVIENT
SUR CE SUJET PLUSIEURS FOIS SUR LE BRUIT DES TRANSPORTS AÉRIENS ET ROUTIERS).
On peut lire page 47-48:
« Un intérêt fort est exprimé pour la création
de structures de type « Observatoires du bruit », sur l’exemple
de Bruiparif qui concerne l’Ile de France. De tels observatoires pourraient
être mis en place dans les grandes agglomérations ou au niveau
des régions. Au-delà de la « simple » et capitale
fonction d’observation, leur valeur ajoutée résiderait en
particulier dans le rassemblement des acteurs dans un lieu d’échange
et débats, où pourraient se construire les politiques de prévention
du bruit, en particulier autour de la réalisation des cartographies de
bruit et des plans de prévention du bruit (sans se substituer à
la compétence de réalisation dévolue aux autorités
compétentes : Etat, gestionnaires des infrastructures, communes ou inter-communalités).
La question de l’intégration d’une telle mission est posée
en séance.
La mobilisation conjointe de nombreux acteurs est par ailleurs nécessaire
en fonction des sujets abordés, par exemple l’Education Nationale
pour l’information et la sensibilisation en milieu scolaire, les entreprises
et leurs salariés pour la prévention du bruit au travail.
L’implication des corps de contrôle, en particulier des services
de l’Etat, mais aussi l’exercice de la police du maire, sont à
renforcer. Pour le cas spécifique des nuisances sonores aériennes
les pouvoirs de l’ACNUSA pourraient être renforcés sur certains
points.
Des moyens financiers sont à dégager, dans la continuité
(qui a souvent manqué jusqu’ici aux politiques dans le domaine
du bruit).
Des estimations peuvent être avancées, qui devront être affinées
:
- logements exposés aux nuisances sonores aériennes : augmentation
de la TNSA, à compléter, 110.000 dans les PGS actuels, environ
70.000 au voisinage des 10 aéroports importants GT 3 : Instaurer un environnement
respectueux de la santé
- points noirs des transports terrestres, à compléter, (au moins
200.000)
- observatoires du bruit : en fonction du degré de généralisation.
Le budget de Bruiparif est de 750.000 € par an
Besoins associés en termes de connaissance
Parmi les actions à développer :
- amélioration des connaissances, en particulier sur les données
existante sur la situation de la population en matière de troubles auditifs
(médecine scolaire, journée d’appel, médecine du
travail) et les exploiter,
- définition d’indicateurs représentatifs de la gêne
sonore (en particulier multiplication d’événements),
- accroissement des connaissances sur l’impact du bruit sur les pathologies
non auditives, même si de premières documentations commencent à
apparaître,
- recherche et technologies de prévention du bruit (y compris dans des
applications très concrètes, par exemple dans le domaine de la
recherche sur le décollage vertical des aéronefs). »
NOS PREMIÈRES REMARQUES :
• LE GROUPE DE TRAVAIL N°3 N’A PAS ABORDÉ LA QUESTION
DE SOURCES DE BRUIT IMPORTANTES COMME:
— Le bruit de chantier,
— La musique de plein air qui n’est toujours pas bien réglementée,
— Le nuisances des activités « classées pour la protection
de l’environnement » et qui dépendent des DRIRE.
— Les particularités liées aux salles des fêtes communales
souvent construites sans isolation acoustique
…
• DES SUJETS TYPIQUES N’ONT PAS NON PLUS ÉTÉ TRAITÉS
— Conséquence du bruit sur la santé des populations âgées,
malades, mais aussi pour les personnes dont le travail de nuit suppose un repos
dans la journée et donc un milieu calme.
— Problèmes liés au manque de moyens et d’effectifs
de l’administration chargée de contrôler et, éventuellement,
de sanctionner les infractions à la législation et réglementation
sur les nuisances sonores.
— Problème du financement. Quid d’une taxe sur le billet
d’avion, plus efficace que la TNSA.
…